vendredi 19 février 2016

11- Californie: de Oatman à Los Angeles


Vendredi 3 Juillet : 26ème jour
Après avoir quitté Needles, ville sans âme, on en a pour 200 km à travers le désert de Mojave. Heureusement que le ciel est nuageux, on n’ose imaginer ce qu’aurait été la température avec un ciel azur ! Le propre du désert, c’est d’être désertique, c’est même sa raison d’être. Donc tu fais le plein de boisson et d’essence avant la traversée, au moins de quoi tenir jusqu’à Essex, oasis à mi-parcours. Bien entendu, suivant l’adage comme quoi tout ce qui est rare est cher, les prix se sont envolés dans ce bout du monde perdu dans la rocaille pelée.








Après le roc, la lave. Une coulée noirâtre, large de 20km et longue jusqu’à perte de vue est notre compagne de route. Paysage désolé et pour couronner le tout, la 66 est bien défoncée. Ambiance post-apocalypse assurée.





En faisant halte à New Berry Spring, on pensait trouver un lieu sympa et agréable. Il est vrai qu’avec ce nom, c’est peu évocateur, mais si je vous dis Bagdad Café, ça parle mieux ! Ce qui est sûr c’est que ce n’est pas (ou plus) du tout comme dans le film. La patronne est avachie devant un western avec un acolyte ayant l’allure de surtout pas trop chercher du travail, des fois que par inadvertance il en trouve. Elle grommelle un bonjour, sert les 2 verres que l’on commande, attrape l’appareil photo et nous tire le portrait derrière le comptoir. Hop elle retourne devant son western. Bon ben on va y aller, hein, surtout dérangez-vous pas, on connaît le chemin…








Pour une fois on arrive de bonne heure à l’étape (Barstow), on peut profiter de la piscine ! le luxe !!!!



Samedi 4 Juillet : 27ème jour
A une poignée de miles on passe devant la version californienne de la Demeure du Chaos. Tel un cousin d'Amérique du facteur Cheval, un original a amoncelé des canettes pour former une forêt de verre et acier au milieu d'un capharnaüm d'objets hétéroclites.









Une fois encore au milieu de nulle part, on fait halte au bar Iron Hog. La masure n’est ni faite ni à faire. Elle se veut être un hommage aux bikers morts au champ d’honneur (plantage en étant bourrés), l’intention est louable, mais c’est carrément sinistre. A l’intérieur, au milieu d’un amas de vieilleries recouvertes de poussière, il n’y a que le bar qui soit à peu près fréquentable. La bistrotière y écluse des godets avec chaque client qui passe. Elle a de la chance d’être dans un coin oublié, sinon la cirrhose la guetterait vite fait.
On sacrifie à la tradition en épinglant un bifton sur la porte.










On repart sur une route interminable à travers la pampa où on voit nos premiers cactus. Il ne manque plus que les vautours tournoyant au dessus de nos têtes.




On finit de grimper les Rocheuses, puis c’est la grande descente depuis le col de San Bernardino.  Autant on a sué sur les terres arides de l’est, autant la bande côtière Pacifique est un paradis de douceur et de verdure. Le soir il fait même carrément frais.
A partir de Pasadena, les vignobles s’étalent sur les collines. Sur la 66 c’est un festival de Corvette, Porsche et Mustang sur-vitaminées. Palmiers, résidences cossues; plus on approche de Venice et plus ça devient huppé.













Dès qu’on aborde Los Angeles, on est happés dans le tourbillon de voitures grouillant sur les autoroutes enchevêtrées dans de savantes combinaisons de nœuds et bretelles d’accès. Par endroit il y a jusqu’à 4 autoroutes se superposant. Et encore, aujourd’hui c’est férié, la circulation est fluide, on va morfler lundi !


Notre point de chute est Hollywood, la ville des studios mythiques, des excès et des étoiles.

On loge à l’Historic Hollywood, en face des studios Paramount. Avant guerre, c’était l’hôtel où logeaient les stars. Et comme on ne craint rien, surtout pas le ridicule, on débarque dans ce qui fut un palace avec notre sac Ikea maxi-taille. Dans le salon cosy de la réception, un producteur à gros cigare a sollicité Sylvie pour être la tête d’affiche de son prochain tournage, mais elle a du refuser, car elle est déjà sous contrat en exclu à St Jean de Dieu !
Après les chambres de stars, la cantine d’Obama et des Guns n’ Roses : un maxi burger chez Canter’s, sur la banquette où Axel Roses a posé son cul, ça c’est la classe ! Obama est resté debout lorsqu’il est venu ici, on ne pourra donc pas s’asseoir où il posa son séant.




Dimanche 5 Juillet : 28ème jour
Avec la pollution et la brume de chaleur, le célèbre signal surplombant la ville est quasi invisible de loin. Pour faire le cliché, il a donc fallu grimper sur la colline. Mais rien n’est indiqué, il faut faire au flair et avec ce qu’il nous reste de souvenirs du film de David Lynch. Mais y’a un hic : il ne faut pas confondre Mulholland Drive, Mulholland Boulevard et Mulholland Highway. Des trois, lequel est le bon ? contre toute attente, c’est Highway, et oui.











Descente tout droit sur Hollywood Boulevard, au croisement avec La Brea Avenue. D’ici jusqu’à Vine, c’est le cœur d’Hollywood. Foule qui arpente le célébrissime Hall of Fame où les stars ont leur étoile gravée sur le trottoir. Hommage particulier à Elvis et les Beatles, les autres sont un peu dispersés à la va comme je te pousse. Y’en a pour tous les goûts : Buster Keaton côtoie Vin Diesel, Donald Duck est voisin de Céline Dion, Jean Harlow fait face à Chaplin et ainsi de suite, étoile après étoile, des deux côtés des 4km de boulevard. Il reste de la place !
Ce fameux boulevard est encadré d’immeubles aux façades magnifiques. Les magasins sont décorés avec des trucs dingues : un Terminator, une Cadillac bleue d’Elvis, des néons qui clignotent et scintillent, la sono à fond, des (presque) sosies de Marylin font payer le cliché pour poser enlacé avec, tous les Marvel et Disney sont également là, y’a que l’embarras du choix.
Dans ce brouhaha et cette agitation, deux allumés (l’une en voiture avec mégaphone, l’autre à pied également avec mégaphone) arpentent inlassablement le boulevard en braillant que Jésus est mort en croix pour racheter nos péchés.
Des rabatteurs tentent de nous aiguiller vers un Tour en Bus : au programme, les villas des stars sur Beverly Hill, visite de la Paramount et autres hauts lieux prestigieux. Non merci, c’est pas notre truc d’aller s’extasier derrière les haies de 6 m de haut protégeant les propriétés des milliardaires.















































Saoulés de tintamarre et de furie, on décampe pour un petit tour à Los Angeles centre. Partout la ville est constituée de maisons individuelles, regroupées en catégories sociales et en ethnies. Il y a Little Japan, Petite Arménie, Chinatown… des zones délabrées, d’autres super classes.
Le centre est constitué de gratte-ciels. L’ancien se mélange au moderne ; le verre, la pierre, la brique et le bois se succèdent voire se mêlent. On remonte les avenues en moto au ralenti et pendant que je pilote, Sylvie mitraille depuis le siège arrière. C’est furieusement beau.




















On tire plein ouest, en remontant la jetée de Venice bordée de palmiers pour finir à Santa Monica. D’abord garer la moto : je me faufile entre deux places payantes… résultat une prune de 53$ ! ça m’apprendra à jouer au malin.
























Sur la plage, un carré body-building rassemble les fadas de la muscu. En observant  de plus prêt, cela consiste surtout à étaler ses biscotos tatoués et à parloter des heures durant avec les potes. Il y en a bien quelques uns qui font des exercices. Le must en ce moment consiste à tenir sa partenaire  droite en équilibre sur les bras tendus du musclor de service.









On remonte encore la plage et on arrive au ponton de pêche jouxtant le luna-park et le service de sauvetage en mer. Un panneau immortalise la fin de la Route 66.
On y est, on est au terminus. Après 8760 km, on a enfin atteint le but final (un chouia de détours en plus des 3666 officiels)
















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