Mercredi 1 Juillet : 24ème jour
On ne pouvait frôler le Nevada
sans faire une incursion dans l’antre du Vice : la ville qui ne vit que la
nuit, LAS VEGAS !
Cent cinquante kilomètres à
travers les montagnes pelées enserrant le Colorado. Brisé dans son élan à
l’entrée des gorges à Powell, le fleuve est une nouvelle fois châtré à la
sortie du défilé à Hoover. La retenue de Mead est colossale et le barrage
proprement dit un ouvrage démentiel. Comme à Powell, les modifications
climatiques induites sont catastrophiques.
En arrivant à Las Vegas, située
en plein désert limitrophe de la Vallée de la Mort, je me tape un
méga coup de chaud sitôt la moto rangée au parking de notre hôtel. Je
m’assois à terre histoire de reprendre mes esprits, et dans les 10 secondes
suivantes le service sécurité déboule. Ca ne plaisante pas dans les sous-sols
des casinos. Après explications, ils
repartent en nous souhaitant bonne chance au jeu.
On a réservé une chambre au
Stratosphère, le casino qui débute la Grande Avenue avec sa tour panoramique de
108m. Quand les bidochons sont en voyage, on les remarque de loin. On se dirige
à la réception en traversant les salles de jeu avec nos sacs à dos en
bandoulière, mais surtout le truc qui tue : un sac Ikea bleu modèle XXL
rempli de nos fringues de pluie et du linge sale. On n’a peur de rien ! et
malgré ce look assez décalé, on est admis sans problème.
Les casinos sont des immeubles
immenses à l’intérieur desquels tu peux vivre en parfaite autarcie. Lumière
tamisée, musique à fond, gling-gling des bandits manchots et volutes de fumée
autour des tapis verts, le but est de t’inciter à t’installer à une table de
jeu, et à partir de là te plumer jusqu’au dernier cent.
Tout est bon pour attirer le
client : décors somptueux, spectacles grandioses, nuitées à prix cassés
(on paie 20$ la nuit….), attractions de folie. Le Stratosphère mise sur
l’adrénaline : au sommet de la tour, une catapulte propulse ton siège sur
un rail incliné à 30° dans le vide ; une balançoire te fait tourner au
dessus du vide et enfin tu es projeté à toute allure au sommet de la tour et tu
en redescends tellement vite que tu décolles du siège.
Quand tu es sujet au vertige et
que tu te fais balancer dans le vide, je peux assurer que tu cries à plein
poumon. Le seul truc qu’on n’a pas fait : le saut à l’élastique par-dessus
la rambarde. D’abord c’est pas donné (160$) et ensuite, ben on verra une autre
fois, hein.
En théorie on avait un pass
illimité pour les sensations fortes. On a fait un tour de chaque et à peine
descendu du dernier manège, un orage éclate sur les montagnes entourant la
ville. Consignes de sécurité strictes : orage = personne en haut de la
tour.
Nous on s’en fout, on a pu se
faire au moins une fois chacune des attractions. Maintenant on regarde les
éclairs zébrer le ciel sur Las Vegas du haut du 109e étage. Le jeu
consiste à en capturer un sur la photo. Pas si facile que ça sans pied pour
poser.
La nuit tombe, Vegas s’allume, il
est temps d’aller sur l’artère principale de 8km bordée des deux côtés de
casinos époustouflants.
Chacun a son cachet et surtout
son spectacle vedette. Au Circus Circus, c’est le Cirque du Soleil à l’affiche
depuis 5 ans. En plus de la programmation phare, d’autres shows de moindre
renommée permettent de se faire une soirée glamour avec un chanteur de charme,
une nuit fiévreuse avec un DJ branché et ainsi de suite.
Les autres fleurons de Las Vegas
sont
-
le Venitian : reconstitution du Palais des
Doges avec gondoles et tutti quanti
-
Treasure Island : on y entre au travers de
deux galions prêts à appareiller pour un abordage en règle
-
le Caesar’s : le forum de Rome impériale
permettant d’offrir 5000 chambres (le plus grand hôtel du monde)
-
le Bellagio : son et lumière sur le lac
artificiel
-
le Paris : Tour Eiffel, immeuble
haussmannien et montgolfière 18e
-
le Luxor : toute l’Egypte antique au temps
de Cléopâtre
-
L’Aria, le Cosmopolitan, le Mirage, le Wynn et
encore d’autres, et d’autres et d’autres
Salles avec tables de poker,
roulette, blackjack, des milliers de machines à sou, possibilité de parier sur
les rencontres sportives et hippiques du monde entier. Galeries marchandes de
luxe dans tous les domaines, décors intérieurs raffinés et rehaussés par des
œuvres d’art.
Quand tu plonges dans l’antre du
vice, tu perds tout repère. On est entré par la porte monumentale du Venitian,
on a tourné de ci de là, émerveillés de ce luxe et noyés dans cette fête
permanente, on s’est retrouvé sans comprendre comment, 1km en arrière alors que
nous avions l’impression d’avoir traversé une ou deux salles de jeu et longé 2
ou 3 boutiques. Aucune notion du temps passé ni de la distance parcourue.
C’est somptueux, féérique,
délirant, époustouflant, grandiose. Tout est fait pour s’amuser et surtout
jouer, jouer et encore jouer. Alors on a joué. Poker, machin tout ça, pas la
peine, on n’y comprend rien. Donc ce sera machine à sou. Mais elles ont bien
changées depuis le temps de pépé. Sur chaque machine, y’a des tas de boutons,
de molettes, de leviers et d’écrans. Ca clignote, projette des animations, tout
bouge en tout sens dans un tintamarre de fête foraine. On capte rien, juste
qu’il y a une fente pour avaler les biftons, et dès que c’est fait ça redouble
de flashs lumineux bariolés du sol au plafond. On appuie sur le premier bouton
venu, heeeeeeeeeeeeeeeeee dzimmmmmmmmmmmmmm braouuuuuuuuuuuuu wooooooooom, play
again
Et tu remets de la monnaie, et tu
t’étourdis de bruits et de couleurs, et ça défile à toute allure, et
wheeeeeeeeeeeee game over, play again, et tu continues, continues, jusqu’à être
à sec, vidé, lessivé, groggy.
Certains sont attablés avec
nourriture, boisson, cigarette et journal : un œil sur l’écran, l’autre
sur le journal ; une main pour les boutons, l’autre pour manger. Et ils
restent ainsi des heures durant, la carte Visa insérée dans la fente, la
machine joue, joue, joue et pendant ce temps ça débite direct sur leur compte.
Tu te contentes d’appuyer compulsivement sur le bouton de la chance, tout le
reste se fait tout seul.
Un truc de malade.
On a joué 6$, on a bien rigolé et
on n’a rien gagné. Ce qu’il y a de certain, c’est pas avec des gens comme nous
que le casino va s’enrichir ! mais manifestement, on est une espèce rare.
Jeudi 2 Juillet : 25ème jour
Pour quitter Vegas, y’a deux
solutions : le GPS, ou l’instinct. On a choisi l’instinct. On a fait 270°
sur le périph, on a perdu quasi 2h et gagné une engueulade. En définitive, on a
branché le GPS. Ce par quoi on aurait du commencer….
Revenus à Kingman, on va
traverser les Bad Hills ainsi nommées car il n’y pousse rien. Et quand on dit
rien, c’est rien. La route est toute en lacet, on avance à 40 km/h, le soleil
tape et retape, comme d’hab on n’a plus rien à boire, comme d’hab on est
couleur aubergine ; comme d’hab on se maudit d’être aussi cons de rouler
en plein cagnard, et comme d’hab on recommencera demain !
On passe à Cool Spring. On se dit
qu’avec un nom pareil, ce doit être une oasis. Ben c’est raté : au milieu
des cailloux à perte de vue, y’a un boui-boui fermé et les restes calcinés d’un
décor ayant servi au tournage d’Universal Soldier.
Cool Spring, c’est pas aware….
Avant la déshydratation fatale,
on trouve un troquet à Oatman. Les ânes errent en liberté dans cette ville
farwest où à midi pétante les cowboys règlent leurs différents au révolver. Le
pittoresque est un peu altéré par les étals de souvenirs et les voitures garées
dans la grande rue.
Quelques miles de plus et on
franchit le Colorado juste avant Needles : on est en Californie.




















































































































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