samedi 27 février 2016

03 - Missouri: de Saint Louis à Joplin


Samedi 13 Juin : 6ème jour
Pour entrer dans le Missouri, à l’endroit où le fleuve se jette dans le Mississipi, on doit passer sur le Chain Rock Bridge, antique pont en fer dont la particularité est d’être courbé à 22°, ce qui limite la visibilité et occasionnait moult accidents. Depuis quelques années, on ne peut plus le franchir qu’à pied.




A l’entrée de Saint Louis, les autoroutes s’enchevêtrent comme un plat de spaghettis et on arrive dans la ville en passant par la célèbre arche. Le vieux quartier historique la jouxtant est réduit à la portion congrue. Sur les quais il y a encore la plus grande brasserie de bière au monde à l’enseigne Budweiser bien sûr !















En poursuivant la route en direction de Gray Summit, on découvre le paysage typique du Missouri (du moins dans la partie longeant la 66) fait de collines calcaires boisées de feuillus. Cela change carrément des grandes plaines de l’Illinois !
Qui dit roches calcaires, dit grottes. C’est dans le labyrinthe des cavernes de la Meramec, à Stanton, que se planquait le hors-la-loi Jesse James entre deux braquages de banques. Il niquait les sheriffs chaque fois, car il connaissait sur le bout du doigt les entrailles des grottes et pouvait ainsi s’échapper par une des nombreuses sorties connues de lui seul.
La légende de Jesse James veut que son félon de cousin ne l’ait pas abattu par traîtrise, mais qu’en fait dans la bagarre se soit le cousin qui fut mort et cela permis à Jesse de changer d’identité. En tout cas, c’est ce que raconta un vieil homme sur son lit de mort en 1951, prétendant à cette occasion être le légendaire outlaw. Mais les légendes ne sont pas toujours à prendre strictement au pied de la lettre…
Dans cet endroit historique où vécu un mythe du FarWest, il y a maintenant un complexe de loisirs siglé du nom du bandit. Ils le pourchassèrent comme un coyotte de son vivant, ils exploitent son nom sans vergogne aujourd’hui.






En continuant la route, on avise un rassemblement de collectionneurs de vieilles voitures à la sortie de Cuba. Les chromes rutilent, les peintures luisent au soleil, ces belles autos sont de pures merveilles.
















Un tour de roue plus loin, un astucieux vendeur de chaises a construit « le plus grand rocking chair du monde ». Il doit mesurer pas loin de 20 m de haut.
Ce qui est curieux chez les amerloques, c’est leur propension à étaler « la plus grosse du monde ». Freud y verrait un rapport phallique mal négocié, le commun dira simplement « faut toujours qu’ils se la pètent ces yankees ». Qu’importe, si cela les rassure sur le contenu de leurs pantalons, on ne va pas les chagriner.
Outre de battre des records stupides, ils ont aussi la manie de copier ce qui caractérise le vieux continent. Copier à l’amerloque, c'est-à-dire en mauvais goût garanti. Au centre de Rolla, il y a un Stonehenge miniature en béton. Je ne désespère pas de trouver une Tour Eiffel en siporex barbouillé aux couleurs Coca-Cola !


Vers Arlington débute la Piste des Larmes : c’est de là qu’en 1830 les tuniques bleues déportèrent des milliers d’indiens en direction des terres arides du Nouveau Mexique. A l’arrivée seuls 10% avaient survécu. God bless America….









Toute la journée on a flirté avec les gros nuages noirs. Ce qui était absolument incroyable, c’est qu’on avait tantôt le rideau de pluie qui avançait en même temps que nous, soit en éclaireur devant la moto, soit en traqueur juste au cul de la bécane ; où d’autres fois on longeait la zone de pluie distante de quelques mètres. Tant et si bien qu’en fin d’après midi, les nuages se sont resserrés tels les loups encerclant leur proie, nous on a filé dans le corridor laissé au sec et au fond d’une vallée encaissée, le piège s’est refermé. Un rideau impénétrable de pluie diluvienne barre le passage et la cavalerie orageuse déboule par derrière et nous submerge. C’est le déluge. Les gouttes cinglent le visage et bouchent la vue, on roule en aveugle sur la 66 défoncée, coincés dans la vallée de la Meramec.
Et un bonheur n’arrivant jamais seul, le voyant d’essence se met à clignoter….
Un bar providentiel, perdu au milieu des bois, nous sert de refuge passager.
D’après les gens installés au bar, la prochaine station est à 3km après le pont franchissant la rivière.






On repart sous la pluie battante en direction de la station salvatrice. 3km plus loin, la route se scinde en Y. Ca, ce n’était pas prévu. Au hasard Balthasar, on prend à droite… on fait 2 bornes, pas d’essence en vue… Demi-tour. Et 2 bornes de plus. Le moteur doit fonctionner avec les vapeurs résiduelles.
A la patte d’oie, cette fois on prend à gauche, on fait 2 bornes… miracle, la station est là ! Le plein fait, compte tenu de la capacité du réservoir, il restait 20 cl ; de quoi faire quelques yards avant la panne sèche, nom cocasse compte tenu de la situation météo du moment.
On a eu de la chance.





Je rattrape la Highway direction plein Sud et tout en affrontant les bourrasques tire jusqu’à Lebanon à 40 bornes. La nuit est tombée, la pluie continue avec la même intensité et les camions débaroulent à fond la caisse dans une gerbe d’éclaboussures. Rider in the storm….
Bar-BQ : demi entrecôte grillée et 1l de bière pour moi ; hamburger de 10cm d’épais et 1l de limonade pour Sylvie. On peut chercher un motel.
La technique est la suivante : on va au resto, ils ont tous un accès Wifi sans code. Pendant que la commande chauffe, Sylvie surfe sur internet à la recherche de la piaule la moins chère dans les environs. Une fois l’affaire dénichée, on se pointe à l’adresse indiquée et on est peinards sans te ruiner.
Gros dodo jusqu’à demain.


Une fois le petit-dej avalé, on lance les chevaux sur la piste. La Harley pétarade de contentement et bondit sur l’asphalte. On croise le Candy Factory, qui fabrique (et vend) … des bonbons. Et sur le même parking, son voisin proclame en lettres géantes : « ici le plus grand magasin de cadeaux au monde ». Au secours Freud, ils ont véritablement un complexe !
A l’intérieur, il y a tout ce que la Chine peut produire en matière de cochonneries à 2 balles. Des nains lubriques lutinant une biche, le tout en plastique aux couleurs acidulées. Des mugs balafrés de sentences à caractère hautement philosophique. Des ours en peluche de 10cm et des lapins du même métal de 1m50. Et tout à l’avenant les foisons d’objets kitchs qui vont aller décorer la façade d’un Redneck du coin.











Géographiquement, on est dans la Bible Belt ; ce corridor allant d’est en ouest et où prospèrent les illuminés de dieu. Un redneck (en français cul-terreux) qui se respecte, va à la messe le dimanche louer le seigneur et le reste de la semaine il chasse le Panou-panou dans les hautes herbes des plaines. Le Panou-panou est un mammifère bipède à peau noire, désœuvré et portant une capuche et des braies XXL. Il pousse le cri spécifique qui a donné le nom à son espèce lorsqu’il est dans la ligne de mire  d’un adhérent à la NRA (la ligue des défourailleurs).
La question que je me pose : y-a-t-il corrélation entre la condition de Redneck et l’appartenance à une église ? au vue du nombre de chapelles et au look des autochtones, la réponse semble affirmative.
Quoiqu’il en soit, Springfield s’enorgueillit  de son œcuménisme avec une mosquée somptueuse.




C’est à Halltown qu’on s’arête chez Thelma White. Son magasin, fermé sans plus de précision, regorge d’articles aussi indispensables qu’une saucière en porcelaine, des peignes estampillés Elvis…



En continuant à quelques encablures au Sud, on passe forcément par Paris Junction, croisement improbable avec une départementale. C’est ici qu’il y a une station service hors d’âge faisant face à un charmant cottage où les proprios exposent quelques belles voitures que monsieur s’affaire à retaper pendant que madame tond la pelouse. Où que l’on passe, à quelque heure que ce soit, l’américain moyen tond sa pelouse, le cul posé sur une tondeuse autotractée dimensionnée pour ratiboiser l’herbe d’un golf 18 trous et qui de fait n’est employée que pour le mouchoir de poche entourant la maison.
Une bande de bikers arrive dans un vrombissement de moteurs et s’arrête impeccablement alignée devant le garage. Ils ont beau se la péter avec leurs blousons à frange, bandanas à tête de mort et poignets de force en cuir clouté, ils n’en restent pas moins des petites tarlouzes en circuit organisé avec camion assistance transportant le matériel.











Hop, c’est reparti sur la 66. Le coin s’est dépeuplé et les hameaux traversés comptent plus de maisons en ruine que de bâtisses habitées. Un qui résiste, c’est Carthage, planté le long de la Highway, qui vivote grâce aux camionneurs qui font halte au motel. Signe de cette richesse relative, le cinéma drive où les ados boutonneux vont rouler des pelles à leurs copines en short ultra-mini, à l’arrière de la Chevrolet de papa. Au centre ville, un étonnant palais de justice en forme de château médiéval dénote parmi les échoppes en briques plantées tout autour.
La 66 emprunte maintenant le Couloir des Tornades, où régulièrement les ouragans s’engouffrent. Fort heureusement les intempéries actuelles restent à l’état d’orage.

















Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire