Samedi 13 Juin : 6ème jour
Pour entrer dans le Missouri, à
l’endroit où le fleuve se jette dans le Mississipi, on doit passer sur le Chain
Rock Bridge, antique pont en fer dont la particularité est d’être courbé à 22°,
ce qui limite la visibilité et occasionnait moult accidents. Depuis quelques
années, on ne peut plus le franchir qu’à pied.
A l’entrée de Saint Louis, les
autoroutes s’enchevêtrent comme un plat de spaghettis et on arrive dans la
ville en passant par la célèbre arche. Le vieux quartier historique la jouxtant
est réduit à la portion congrue. Sur les quais il y a encore la plus grande
brasserie de bière au monde à l’enseigne Budweiser bien sûr !
En poursuivant la route en
direction de Gray Summit, on découvre le paysage typique du Missouri (du moins
dans la partie longeant la 66) fait de collines calcaires boisées de feuillus.
Cela change carrément des grandes plaines de l’Illinois !
Qui dit roches calcaires, dit
grottes. C’est dans le labyrinthe des cavernes de la Meramec, à Stanton, que se
planquait le hors-la-loi Jesse James entre deux braquages de banques. Il
niquait les sheriffs chaque fois, car il connaissait sur le bout du doigt les
entrailles des grottes et pouvait ainsi s’échapper par une des nombreuses
sorties connues de lui seul.
La légende de Jesse James veut
que son félon de cousin ne l’ait pas abattu par traîtrise, mais qu’en fait dans
la bagarre se soit le cousin qui fut mort et cela permis à Jesse de changer
d’identité. En tout cas, c’est ce que raconta un vieil homme sur son lit de
mort en 1951, prétendant à cette occasion être le légendaire outlaw. Mais les
légendes ne sont pas toujours à prendre strictement au pied de la lettre…
Dans cet endroit historique où
vécu un mythe du FarWest, il y a maintenant un complexe de loisirs siglé du nom
du bandit. Ils le pourchassèrent comme un coyotte de son vivant, ils exploitent
son nom sans vergogne aujourd’hui.
En continuant la
route, on avise un rassemblement de collectionneurs de vieilles voitures à la
sortie de Cuba. Les chromes rutilent, les peintures luisent au soleil, ces
belles autos sont de pures merveilles.
Un tour de roue
plus loin, un astucieux vendeur de chaises a construit « le plus grand
rocking chair du monde ». Il doit mesurer pas loin de 20 m de haut.
Ce qui est curieux
chez les amerloques, c’est leur propension à étaler « la plus grosse du
monde ». Freud y verrait un rapport phallique mal négocié, le commun dira
simplement « faut toujours qu’ils se la pètent ces yankees ».
Qu’importe, si cela les rassure sur le contenu de leurs pantalons, on ne va pas
les chagriner.
Outre de battre des
records stupides, ils ont aussi la manie de copier ce qui caractérise le vieux
continent. Copier à l’amerloque, c'est-à-dire en mauvais goût garanti. Au
centre de Rolla, il y a un Stonehenge miniature en béton. Je ne désespère pas
de trouver une Tour Eiffel en siporex barbouillé aux couleurs Coca-Cola !
Vers Arlington
débute la Piste des Larmes : c’est de là qu’en 1830 les tuniques bleues
déportèrent des milliers d’indiens en direction des terres arides du Nouveau
Mexique. A l’arrivée seuls 10% avaient survécu. God bless America….
Toute la journée on
a flirté avec les gros nuages noirs. Ce qui était absolument incroyable, c’est
qu’on avait tantôt le rideau de pluie qui avançait en même temps que nous, soit
en éclaireur devant la moto, soit en traqueur juste au cul de la bécane ;
où d’autres fois on longeait la zone de pluie distante de quelques mètres. Tant
et si bien qu’en fin d’après midi, les nuages se sont resserrés tels les loups
encerclant leur proie, nous on a filé dans le corridor laissé au sec et au fond
d’une vallée encaissée, le piège s’est refermé. Un rideau impénétrable de pluie
diluvienne barre le passage et la cavalerie orageuse déboule par derrière et
nous submerge. C’est le déluge. Les gouttes cinglent le visage et bouchent la
vue, on roule en aveugle sur la 66 défoncée, coincés dans la vallée de la
Meramec.
Et un bonheur
n’arrivant jamais seul, le voyant d’essence se met à clignoter….
Un bar
providentiel, perdu au milieu des bois, nous sert de refuge passager.
D’après les gens
installés au bar, la prochaine station est à 3km après le pont franchissant la
rivière.
On repart sous la
pluie battante en direction de la station salvatrice. 3km plus loin, la route
se scinde en Y. Ca, ce n’était pas prévu. Au hasard Balthasar, on prend à
droite… on fait 2 bornes, pas d’essence en vue… Demi-tour. Et 2 bornes de plus.
Le moteur doit fonctionner avec les vapeurs résiduelles.
A la patte d’oie,
cette fois on prend à gauche, on fait 2 bornes… miracle, la station est
là ! Le plein fait, compte tenu de la capacité du réservoir, il restait 20
cl ; de quoi faire quelques yards avant la panne sèche, nom cocasse compte
tenu de la situation météo du moment.
On a eu de la
chance.
Je rattrape la
Highway direction plein Sud et tout en affrontant les bourrasques tire jusqu’à
Lebanon à 40 bornes. La nuit est tombée, la pluie continue avec la même
intensité et les camions débaroulent à fond la caisse dans une gerbe
d’éclaboussures. Rider in the storm….
Bar-BQ : demi
entrecôte grillée et 1l de bière pour moi ; hamburger de 10cm d’épais et
1l de limonade pour Sylvie. On peut chercher un motel.
La technique est la
suivante : on va au resto, ils ont tous un accès Wifi sans code. Pendant
que la commande chauffe, Sylvie surfe sur internet à la recherche de la piaule
la moins chère dans les environs. Une fois l’affaire dénichée, on se pointe à
l’adresse indiquée et on est peinards sans te ruiner.
Gros dodo jusqu’à
demain.
Une fois
le petit-dej avalé, on lance les chevaux sur la piste. La Harley pétarade de
contentement et bondit sur l’asphalte. On croise le Candy Factory, qui fabrique
(et vend) … des bonbons. Et sur le même parking, son voisin proclame en lettres
géantes : « ici le plus grand magasin de cadeaux au monde ». Au
secours Freud, ils ont véritablement un complexe !
A
l’intérieur, il y a tout ce que la Chine peut produire en matière de
cochonneries à 2 balles. Des nains lubriques lutinant une biche, le tout en
plastique aux couleurs acidulées. Des mugs balafrés de sentences à caractère
hautement philosophique. Des ours en peluche de 10cm et des lapins du même
métal de 1m50. Et tout à l’avenant les foisons d’objets kitchs
qui vont aller décorer la façade d’un Redneck du coin.
Géographiquement,
on est dans la Bible Belt ; ce corridor allant d’est en ouest et où
prospèrent les illuminés de dieu. Un redneck (en français cul-terreux) qui se
respecte, va à la messe le dimanche louer le seigneur et le reste de la semaine
il chasse le Panou-panou dans les hautes herbes des plaines. Le Panou-panou est
un mammifère bipède à peau noire, désœuvré et portant une capuche et des braies
XXL. Il pousse le cri spécifique qui a donné le nom à son espèce lorsqu’il est
dans la ligne de mire d’un adhérent à la
NRA (la ligue des défourailleurs).
La question que je
me pose : y-a-t-il corrélation entre la condition de Redneck et
l’appartenance à une église ? au vue du nombre de chapelles et au look des
autochtones, la réponse semble affirmative.
Quoiqu’il en soit,
Springfield s’enorgueillit de son
œcuménisme avec une mosquée somptueuse.
C’est à Halltown
qu’on s’arête chez Thelma White. Son magasin, fermé sans plus de précision,
regorge d’articles aussi indispensables qu’une saucière en porcelaine, des
peignes estampillés Elvis…
En continuant à
quelques encablures au Sud, on passe forcément par Paris Junction, croisement
improbable avec une départementale. C’est ici qu’il y a une station service
hors d’âge faisant face à un charmant cottage où les proprios exposent quelques
belles voitures que monsieur s’affaire à retaper pendant que madame tond la
pelouse. Où que l’on passe, à quelque heure que ce soit, l’américain moyen tond
sa pelouse, le cul posé sur une tondeuse autotractée dimensionnée pour
ratiboiser l’herbe d’un golf 18 trous et qui de fait n’est employée que pour le
mouchoir de poche entourant la maison.
Une bande de bikers
arrive dans un vrombissement de moteurs et s’arrête impeccablement alignée
devant le garage. Ils ont beau se la péter avec leurs blousons à frange,
bandanas à tête de mort et poignets de force en cuir clouté, ils n’en restent
pas moins des petites tarlouzes en circuit organisé avec camion assistance
transportant le matériel.
Hop, c’est reparti
sur la 66. Le coin s’est dépeuplé et les hameaux traversés comptent plus de
maisons en ruine que de bâtisses habitées. Un qui résiste, c’est Carthage,
planté le long de la Highway, qui vivote grâce aux camionneurs qui font halte
au motel. Signe de cette richesse relative, le cinéma drive où les ados
boutonneux vont rouler des pelles à leurs copines en short ultra-mini, à
l’arrière de la Chevrolet de papa. Au centre ville, un étonnant palais de
justice en forme de château médiéval dénote parmi les échoppes en briques
plantées tout autour.
La 66 emprunte maintenant le Couloir des Tornades, où
régulièrement les ouragans s’engouffrent. Fort heureusement les intempéries
actuelles restent à l’état d’orage.
























































































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