mardi 23 février 2016

07 - Nouveau Mexique: de Adrian à Manuelito



Vendredi 19 Juin : 12ème jour
Tucumcari : une vraie ville sur la 66 avec un festival d’enseignes devant les snacks. Le soir un orage de chaleur éclate. Beaucoup de bruit pour pas grand-chose : des éclairs zèbrent le ciel, le tonnerre gronde comme si la fin du monde était en marche, il pleut 10 minutes et tout rentre dans l’ordre. On s’en fout, quand ça a pété on était au restau bien à l’abri, et une fois tout ce ramdam terminé, on a eut droit à un ciel déchiré par une immense trouée au moment du coucher de soleil amenant un festival d’embrasement des nuées.



















A Santa Rosa on n’a retenu que le musée auto à la sortie de ville. Trente bagnoles vintage restaurées et rutilantes, exposées dans un hangar décoré de panneaux publicitaires et d’objets d’époque. Juke-box crachant du rock-a-billy, Bozo le mécano (c’est ainsi qu’il se surnomme) est fier de sa création : une bagnole qui en 1950 aurait fait figure d’engin de science fiction et qui aujourd’hui offre un look indéfinissable, celui en fait des bagnoles improbables dessinées dans les comics d’époque.


























Un détour s’impose pour une halte à Puerte de Luna. Ce bled (10 baraques brinquebalantes en bois, regroupées autour d’une église style mission espagnole du 17e) fut en son  temps la ville la plus importante à des centaines de miles à la ronde. Elle devait sa renommée au fait qu’elle est  le long du Pecos : et il était bien connu que la loi (des shérifs) s’arrêtait au Pecos. Donc Puerte de Luna était une ville frontière propice à tous les trafics. Les voleurs de bétails passaient en douce au Mexique vendre les cheptels dérobés, des gars avec les fédéraux aux trousses traversaient à gué pour se faire oublier le temps de dilapider leurs dollars dans les tripots mexicains. Et surtout, c’est ici  que William Bonney  (alias Billy le Kid) avait ses habitudes car plusieurs de ses potes d’enfance s’y esquintaient le dos à travailler le sol ingrat. Alors le Billy venait boire un verre, parler du bon vieux temps, laisser quelques dollars a ses vieux potes, et puis il repartait attaquer une banque ou deux du côté de Santa Fe. Ouais, en 1880, Puerte de Luna, c’était une ville qui comptait dans le coin. Maintenant…. c’est une autre affaire.
Et de village en village, on suit la légende du Kid jusqu’à Albuquerque.





Au temps du farwest, Albuquerque était une ville, avec sa banque, sa cathédrale, son tribunal. Une vraie ville, avec des maisons bâties en dur tout autour de la place centrale et des arcades soutenues par des madriers où les indiens et chicanos venaient vendre leur artisanat.
Rien n’a changé pour ce qui est de ce centre historique si ce n’est que les chariots et diligences sont remplacés par des Cross-over. En revanche, alentour cela a bien changé… Albuquerque s’étend sur 30km de part et d’autre de la R66, en faisant de ce fait l’avenue la plus longue du monde.
D’autre part, c’est dans le coin qu’eurent lieu les premières explosions atomiques lors de la mise au point de la bombe qui pulvérisa le Japon et, bien plus récemment, c’est ici que Bille Gates créa Micro$oft.
Pour finir, Il y a aussi le téléphérique le plus long du monde (4,3km) pour se hisser de la ville aux stations de ski 2000m plus haut.
Ces considérations sur l’urbanisation d’Albuquerque sont troublées par un rappel comminatoire de Sylvie : y’a pas de oui mais, on lave le linge, et tout de suite.
Oui chef, bien chef, direction la laverie, et hop enfournage de nos vêtements et tourne tourne le lave-linge, et tourne-tourne aussi le temps. Il va être 21h, tous les restaus sont fermés. Seule solution, aller au MacDo.
Moralité : pour avoir le cul au propre, il faut manger de la malbouffe !




Samedi 20 Juin : 13ème jour
On se tape un petit détour en direction de Santa Fe pour deux raisons : avoir l’occasion de visiter une véritable hacienda d’époque à Las Golondrinas, et redescendre ensuite par une première version de la 66 suivant la Route de la Turquoise.  Je dis à dessein « redescendre », car Albuquerque et Santa Fé sont séparées par l’imposante barrière rocheuse Sandia Peak que l’on franchit par une vallée sinueuse. Depuis le 16ème siècle, les espagnols empruntaient ce chemin pour charrier jusqu’à Mexico les turquoises extraites des mines alentours, pour ensuite les envoyer par bateau en Europe.
L’hacienda a 300 ans et est entourée de diverses bâtisses 1880 provenant de la région. L’hacienda est telle que dans Zorro, et on s’attend à tout moment à voir débouler Don Diego de la Vega faisant hennir son inséparable Tornado sur la crête de la colline voisine. Mais alors, serai-je pris pour Bernardo, le fidèle serviteur ? que de questions en suspens.
Dans l’hacienda, c’est journée expo cucul/bio/mystique. Etalages d’huiles essentielles, de plantes médicinales soignant tout mieux que tout, de cailloux miraculeux et bien entendu de voyantes prédisant l’avenir. C’est marrant comme ces regroupements se font et en disent long sur l’aspect rationnel des choses.
Si on part du principe que les poudres de perlimpinpin ne sont ni plus ni moins que des substances actives infinitésimales dont la médecine moderne utilise des versions concentrées et/ou synthétisées, pourquoi cela est-il systématiquement acoquiné avec les aimants en Pierre du Nord et les tarots divinatoires ?
Ce curieux ménage à trois indique bien qu’on est plus dans le mystique que dans la science, plus dans la croyance qua dans la raison, plus dans la crédulité que dans la sagesse, et in fine carrément aux mains d’aigrefins vendant du vent contre du dollar.
Après la visite très intéressante de l’hacienda, on jette un œil aux diverses échoppes fin 19e où les corps de métiers essentiels de cette époque sont exposés dans leur environnement naturel.




































On retourne à Albuquerque  par la Turquoise Trail avec Madrid comme épicentre. D’abord ville étape des caravanes de turquoise, elle est devenue progressivement un centre de taille de la pierre précieuse, puis une ville bohème où des hippies baba-cool venaient expérimenter la vie communautaire et la consommation de peyotl et maintenant c’est style St Trop où les bikers de Santa Fe et Albuquerque viennent frimer avec leurs motos de kéké.

Du temps qu’on y est, on va jeter un œil aux magasins de bijoux : soit c’est moche (selon les critères de Sylvie) soit c’est…. cher, et même très très cher. Le seul collier qui lui plaise jauge 12 000$.
Madame à le goût sûr, c’est indéniable, mais elle a pas le porte-monnaie adéquat !





















En quittant Albuquerque, on franchi le mythique Rio Grande qui va se perdre dans les sables plus au sud. Car à partir d’ici, on est sur des terres semi-désertiques d’où émergent des plateaux (mesas) poussés ça et là sur l’interminable plaine de sable et de cailloux. La maigre végétation d’épineux rabougris abrite serpents à sonnettes et scorpions.














Le vent, qu’aucun obstacle n’arrête, souffle fort, brûlant comme le Sirocco, fort comme la Tramontane et bien entendu de côté. Super pour faire de la moto !
On longe une fois de plus une voie ferrée où circulent des trains constitués de 6 locos tirant un attelage interminable (pas loin de 2km) de wagons de fret. Comme on les prend en photo, les mécanos cornent pour nous saluer, avec ce long beuglement de sirène qu’on a tous entendus dans les films.
Sur la highway, des centaines d’imposants camions rutilants de chrome  foncent eux aussi à toute allure d’une côte océane à l’autre, reliant la Californie aux états de l’Est.



On reprend une des rares portion utilisable de la 66 direction Grants où on arrive en fin d’aprème dans les canyons Navajos flamboyant de rouge.
La moto étant carrément dégueulasse, je la passe au lavomat. Ces stations de lavage automatisé nécessitent des pièces que l’on obtient avec un changeur de billet. Donc en mettant un billet de 20$ dans la fente du changeur, j’obtiens 80 quarters soit quasi 1kg de monnaie chaque fois. L’intérêt de la manœuvre est d’obtenir un échantillon large de pièces afin de compléter (voire terminer) la collection de monnaie des US. Je ne sais pas ce que la statistique dit de la chose, mais je constate que pour 160 pièces changées, j’ai en moyenne 1 pièce précieuse. Sachant qu’il me la faut en double pour la collec du fils de Sylvie, que grosso modo il nous manque chacun 20 quarters, calculez combien de tonnes de monnaie aura transité dans mes mains à la fin du séjour. En attendant on à l’air con avec nos poignées de quarters pour payer un achat !

Dimanche 21 Juin : 14ème jour
Au beau milieu de la pampa, on débouche soudain sur la mesa d’Acoma Sky City Pueblo  et on plonge dans un décor fantastique fait de plaine d’herbe rase avec quelques épineux rabougris et ca et là des bubons se dressant avec leurs éboulis au pied.

On est en terrain Apache, et c’est comme dans les films du genre. Winetou va-t-il se pointer avec sa flèche brisée ? Cochise est-il sur le sentier de la guerre ? fumera-t-on un calumet de paix ?
Ce qui est certain, c’est qu’on est dans  un pueblo vieux de 6 siècles fait de maisons en pisé, posées les unes sur les autres dans un savant agencement urbanistique  où l’on accède aux terrasses par de longues échelles. Ce mode de construction répondait à plusieurs impératifs : se protéger de la chaleur l’été et du vent glacial l’hiver, empêcher les animaux d’atteindre les habitations et les greniers.
Lorsque les missionnaires franciscains sont arrivés sur ces terres, ils ont d’abord procédé à des  échanges mercantiles. Une fois la confiance gagnée, ils ont bâti mine de rien des églises. Ces très grands ensembles solides étaient idéaux pour s’abriter en cas d’intempéries, et alors les moines bouclaient les portes, attendaient que l’armée vienne occire les hommes valides puis ils déportaient en esclavage les enfants pour leurs « services personnels ».
Tout cela pour la plus grande gloire de la très sainte église apostolique romaine. Amen.
Pour grimper sur la mesa, les Apaches ont escaladé les falaises jusqu’en 1958. Ce n’est qu’à cette date qu’une route a été construite pour les besoins d’un film avec John Wayne (j’ai pas compris le titre amerloque, de toute manière ca ne m’aurait rien dit, je ne l’ai vu qu’avec le titre vf).
Depuis la nuit des temps, les indiens des pueblos confectionnent des poteries magnifiques. Ils les proposent à la vente sur leurs étals, mais ils ont du mal à comprendre que sur la moto, une poterie n’est pas forcément l’objet le plus approprié à charrier.
Pour la visite, c’est sous la houlette vigilante d’une Apache avec qui on ne badine pas avec les règles du Clan : il est interdit de photographier l’intérieur de l’église et le cimetière, les visages des indiens et les poteries, on ne doit pas quitter le groupe.
S’ajoute à ça qu’au Nouveau Mexique les gens ont un accent qui me les rend incompréhensibles. Donc on comprend rien a ses explications.
Sur le livre d’or du village on a suggéré qu’un audio-guide multi-langue serait parfait, à défaut un résumé photocopié serait bienvenu.
La moto est restée 3h en plein soleil. Au moment de partir, nos culs ont eut une petite idée de ce que ressent un steak lorsqu’on le pose sur le grill du BBQ….

















En roulant dans la pampa du Nouveau Mexique, on  fait exploser le budget boissons rafraîchissantes !

Lorsqu’on franchit la ligne de partage des eaux à Continental Divide, cela me permet de réfléchir à l’hypothèse suivante. Si je pisse sur la limite exacte, d’un jet bien droit et équitablement réparti de part et d’autre, il doit y en avoir la moitié qui finira dans le Pacifique et l’autre moitié dans l’Atlantique, par l’intermédiaire du Rio Grande à l’Est et du Colorado à l’Ouest. Les débits de ces rivières devenant plus élevés, qu’elles seraient les conséquences en terme de ravinement des sols ? Vaste problématique dont la réflexion fut interrompue alors qu’on atteignit Gallup connu pour le motel El Rancho…. Style mi fortin, mi hacienda, c’est très typé !








On sort de l’Etat par une falaise abrupte, qui rougeoie au soleil de fin d’aprème. Des sculptures naïves ont été accrochées sur un promontoire à mi-hauteur.







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