Vendredi 19 Juin : 12ème
jour
Tucumcari : une vraie ville
sur la 66 avec un festival d’enseignes devant les snacks. Le soir un orage de
chaleur éclate. Beaucoup de bruit pour pas grand-chose : des éclairs
zèbrent le ciel, le tonnerre gronde comme si la fin du monde était en marche,
il pleut 10 minutes et tout rentre dans l’ordre. On s’en fout, quand ça a pété
on était au restau bien à l’abri, et une fois tout ce ramdam terminé, on a eut
droit à un ciel déchiré par une immense trouée au moment du coucher de soleil
amenant un festival d’embrasement des nuées.
A Santa Rosa on n’a retenu
que le musée auto à la sortie de ville. Trente bagnoles vintage restaurées et
rutilantes, exposées dans un hangar décoré de panneaux publicitaires et
d’objets d’époque. Juke-box crachant du rock-a-billy, Bozo le mécano (c’est
ainsi qu’il se surnomme) est fier de sa création : une bagnole qui en 1950
aurait fait figure d’engin de science fiction et qui aujourd’hui offre un look
indéfinissable, celui en fait des bagnoles improbables dessinées dans les
comics d’époque.
Un détour s’impose pour une halte
à Puerte de Luna. Ce bled (10 baraques brinquebalantes en bois, regroupées
autour d’une église style mission espagnole du 17e) fut en son temps la ville la plus importante à des
centaines de miles à la ronde. Elle devait sa renommée au fait qu’elle est le long du Pecos : et il était bien
connu que la loi (des shérifs) s’arrêtait au Pecos. Donc Puerte de Luna était
une ville frontière propice à tous les trafics. Les voleurs de bétails
passaient en douce au Mexique vendre les cheptels dérobés, des gars avec les
fédéraux aux trousses traversaient à gué pour se faire oublier le temps de
dilapider leurs dollars dans les tripots mexicains. Et surtout, c’est ici que William Bonney (alias Billy le Kid) avait ses habitudes car
plusieurs de ses potes d’enfance s’y esquintaient le dos à travailler le sol
ingrat. Alors le Billy venait boire un verre, parler du bon vieux temps,
laisser quelques dollars a ses vieux potes, et puis il repartait attaquer une
banque ou deux du côté de Santa Fe. Ouais, en 1880, Puerte de Luna, c’était une
ville qui comptait dans le coin. Maintenant…. c’est une autre affaire.
Et de village en village, on suit
la légende du Kid jusqu’à Albuquerque.
Au temps du farwest, Albuquerque
était une ville, avec sa banque, sa cathédrale, son tribunal. Une vraie ville,
avec des maisons bâties en dur tout autour de la place centrale et des arcades
soutenues par des madriers où les indiens et chicanos venaient vendre leur
artisanat.
Rien n’a changé pour ce qui est
de ce centre historique si ce n’est que les chariots et diligences sont
remplacés par des Cross-over. En revanche, alentour cela a bien changé…
Albuquerque s’étend sur 30km de part et d’autre de la R66, en faisant de ce
fait l’avenue la plus longue du monde.
D’autre part, c’est dans le coin
qu’eurent lieu les premières explosions atomiques lors de la mise au point de
la bombe qui pulvérisa le Japon et, bien plus récemment, c’est ici que Bille
Gates créa Micro$oft.
Pour finir, Il y a aussi le
téléphérique le plus long du monde (4,3km) pour se hisser de la ville aux
stations de ski 2000m plus haut.
Ces considérations sur
l’urbanisation d’Albuquerque sont troublées par un rappel comminatoire de
Sylvie : y’a pas de oui mais, on lave le linge, et tout de suite.
Oui chef, bien chef, direction la
laverie, et hop enfournage de nos vêtements et tourne tourne le lave-linge, et
tourne-tourne aussi le temps. Il va être 21h, tous les restaus sont fermés.
Seule solution, aller au MacDo.
Moralité : pour avoir le cul
au propre, il faut manger de la malbouffe !
Samedi 20 Juin : 13ème jour
On se tape un petit détour en
direction de Santa Fe pour deux raisons : avoir l’occasion de visiter une
véritable hacienda d’époque à Las Golondrinas, et redescendre ensuite par une
première version de la 66 suivant la Route de la Turquoise. Je dis à dessein « redescendre »,
car Albuquerque et Santa Fé sont séparées par l’imposante barrière rocheuse
Sandia Peak que l’on franchit par une vallée sinueuse. Depuis le 16ème siècle,
les espagnols empruntaient ce chemin pour charrier jusqu’à Mexico les
turquoises extraites des mines alentours, pour ensuite les envoyer par bateau
en Europe.
L’hacienda a 300 ans et est
entourée de diverses bâtisses 1880 provenant de la région. L’hacienda est telle
que dans Zorro, et on s’attend à tout moment à voir débouler Don Diego de la
Vega faisant hennir son inséparable Tornado sur la crête de la colline voisine.
Mais alors, serai-je pris pour Bernardo, le fidèle serviteur ? que de
questions en suspens.
Dans l’hacienda, c’est journée
expo cucul/bio/mystique. Etalages d’huiles essentielles, de plantes médicinales
soignant tout mieux que tout, de cailloux miraculeux et bien entendu de
voyantes prédisant l’avenir. C’est marrant comme ces regroupements se
font et en disent long sur l’aspect rationnel des choses.
Si on part du principe que les
poudres de perlimpinpin ne sont ni plus ni moins que des substances actives
infinitésimales dont la médecine moderne utilise des versions concentrées et/ou
synthétisées, pourquoi cela est-il systématiquement acoquiné avec les aimants
en Pierre du Nord et les tarots divinatoires ?
Ce curieux ménage à trois indique
bien qu’on est plus dans le mystique que dans la science, plus dans la croyance
qua dans la raison, plus dans la crédulité que dans la sagesse, et in fine
carrément aux mains d’aigrefins vendant du vent contre du dollar.
Après la visite très intéressante
de l’hacienda, on jette un œil aux diverses échoppes fin 19e où les
corps de métiers essentiels de cette époque sont exposés dans leur
environnement naturel.
On retourne à Albuquerque par la Turquoise Trail avec Madrid comme
épicentre. D’abord ville étape des caravanes de turquoise, elle est devenue
progressivement un centre de taille de la pierre précieuse, puis une ville
bohème où des hippies baba-cool venaient expérimenter la vie communautaire et
la consommation de peyotl et maintenant c’est style St Trop où les bikers de
Santa Fe et Albuquerque viennent frimer avec leurs motos de kéké.
Du temps qu’on y est, on va jeter
un œil aux magasins de bijoux : soit c’est moche (selon les critères de
Sylvie) soit c’est…. cher, et même très très cher. Le seul collier qui lui
plaise jauge 12 000$.
Madame à le goût sûr, c’est
indéniable, mais elle a pas le porte-monnaie adéquat !
En quittant Albuquerque, on
franchi le mythique Rio Grande qui va se perdre dans les sables plus au sud.
Car à partir d’ici, on est sur des terres semi-désertiques d’où émergent des
plateaux (mesas) poussés ça et là sur l’interminable plaine de sable et de
cailloux. La maigre végétation d’épineux rabougris abrite serpents à sonnettes
et scorpions.
Le vent, qu’aucun obstacle
n’arrête, souffle fort, brûlant comme le Sirocco, fort comme la Tramontane et
bien entendu de côté. Super pour faire de la moto !
On longe une fois de plus une
voie ferrée où circulent des trains constitués de 6 locos tirant un attelage
interminable (pas loin de 2km) de wagons de fret. Comme on les prend en photo,
les mécanos cornent pour nous saluer, avec ce long beuglement de sirène qu’on a
tous entendus dans les films.
Sur la highway, des centaines
d’imposants camions rutilants de chrome
foncent eux aussi à toute allure d’une côte océane à l’autre, reliant la
Californie aux états de l’Est.
On reprend une des rares portion
utilisable de la 66 direction Grants où on arrive en fin d’aprème dans les
canyons Navajos flamboyant de rouge.
La moto étant carrément
dégueulasse, je la passe au lavomat. Ces stations de lavage automatisé
nécessitent des pièces que l’on obtient avec un changeur de billet. Donc en
mettant un billet de 20$ dans la fente du changeur, j’obtiens 80
quarters soit quasi 1kg de monnaie chaque fois. L’intérêt de la manœuvre
est d’obtenir un échantillon large de pièces afin de compléter (voire terminer)
la collection de monnaie des US. Je ne sais pas ce que la statistique dit de la
chose, mais je constate que pour 160 pièces changées, j’ai en moyenne 1 pièce précieuse.
Sachant qu’il me la faut en double pour la collec du fils de Sylvie, que grosso
modo il nous manque chacun 20 quarters, calculez combien de tonnes de monnaie
aura transité dans mes mains à la fin du séjour. En attendant on à l’air con
avec nos poignées de quarters pour payer un achat !
Dimanche 21
Juin : 14ème jour
Au beau milieu de la pampa, on débouche soudain sur la mesa
d’Acoma Sky City Pueblo et on plonge dans un décor fantastique fait de
plaine d’herbe rase avec quelques épineux rabougris et ca et là des bubons se
dressant avec leurs éboulis au pied.
On est en terrain Apache, et
c’est comme dans les films du genre. Winetou va-t-il se pointer avec sa flèche
brisée ? Cochise est-il sur le sentier de la guerre ? fumera-t-on un
calumet de paix ?
Ce qui est certain, c’est qu’on
est dans un pueblo vieux de 6
siècles fait de maisons en pisé, posées les unes sur les autres dans un
savant agencement urbanistique où l’on
accède aux terrasses par de longues échelles. Ce mode de construction répondait
à plusieurs impératifs : se protéger de la chaleur l’été et du vent
glacial l’hiver, empêcher les animaux d’atteindre les habitations et les
greniers.
Lorsque les missionnaires
franciscains sont arrivés sur ces terres, ils ont d’abord procédé à des échanges mercantiles. Une fois la confiance
gagnée, ils ont bâti mine de rien des églises. Ces très grands ensembles
solides étaient idéaux pour s’abriter en cas d’intempéries, et alors les moines
bouclaient les portes, attendaient que l’armée vienne occire les hommes valides
puis ils déportaient en esclavage les enfants pour leurs « services
personnels ».
Tout cela pour la plus grande
gloire de la très sainte église apostolique romaine. Amen.
Pour grimper sur la mesa, les
Apaches ont escaladé les falaises jusqu’en 1958. Ce n’est qu’à cette date
qu’une route a été construite pour les besoins d’un film avec John Wayne (j’ai
pas compris le titre amerloque, de toute manière ca ne m’aurait rien dit, je ne
l’ai vu qu’avec le titre vf).
Depuis la nuit des temps, les indiens
des pueblos confectionnent des poteries magnifiques. Ils les proposent à la
vente sur leurs étals, mais ils ont du mal à comprendre que sur la moto, une
poterie n’est pas forcément l’objet le plus approprié à charrier.
Pour la visite, c’est sous la
houlette vigilante d’une Apache avec qui on ne badine pas avec les règles du
Clan : il est interdit de photographier l’intérieur de l’église et le
cimetière, les visages des indiens et les poteries, on ne doit pas quitter le
groupe.
S’ajoute à ça qu’au Nouveau
Mexique les gens ont un accent qui me les rend incompréhensibles. Donc on
comprend rien a ses explications.
Sur le livre d’or du village on a
suggéré qu’un audio-guide multi-langue serait parfait, à défaut un résumé
photocopié serait bienvenu.
La moto est restée 3h en plein
soleil. Au moment de partir, nos culs ont eut une petite idée de ce que ressent
un steak lorsqu’on le pose sur le grill du BBQ….
En roulant dans la pampa du Nouveau Mexique, on fait exploser le budget boissons rafraîchissantes !
On sort de l’Etat par une falaise
abrupte, qui rougeoie au soleil de fin d’aprème. Des sculptures naïves ont été accrochées sur un promontoire à mi-hauteur.














































































































































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